Aurélien Dupuis

Aurélien Dupuis, photographe qui imagine un réel plus qu’il ne le chronique ou ne le sublime, promène sa sensibilité entre l’image et la matérialité du monde. Les photographies de ce professionnel de la mode et de la publicité construisent une narration fantaisiste, hyperréaliste et effrontée à la recherche de leur équilibre et d’une cohérence. Ici ça tient par la magie du photomontage, là c’est à l’aplomb du réel, ailleurs c’est un pied de nez aux échelles et aux proportions. Diplômé de trois écoles d’art Estienne, Olivier de Serres et Les Gobelins en graphisme, design et photographie, Aurélien Dupuis – qui ne saura jamais choisir une spécialité – tente d’assouvir son besoin inextinguible et simultané de représentation et de fabrique.

À Pierre Lazareff qui lui demandait s’il avait réellement pris le Transsibérien, Blaise Cendrars aurait répondu : « Qu’est-ce que ça peut te faire puisque je vous l’ai fait prendre à tous ? ». Aurélien Dupuis a mis ses pas dans celles du romancier-voyageur : ses photographies entre hyperréalisme, performance et artifice technique composent un mouvement qui ne saurait exister dans ce monde physique-ci. Le Velib’WorldTour est un carnet de mise en scène de soi, photographies réelles ou photomontées – le saura-t-on jamais ? – qui montre ou rêve des paysages clichés. Cet enfant de Philippe Decouflé invente une humanité baroque, travestie, androgyne – et franchement bienheureuse de l’être.

C’est en transférant ce savoir-faire photographique, sens du cadrage et qualité de la composition, ce goût du détournement et du décalage dans l’objet qu’Aurélien Dupuis projette ses sculptures, ses maisons portables. Un travail en miroir qui met sens dessus dessous le réel : une photographie qui capte un monde mental et un objet artistique à la limite du possible : ça s’empile sans tomber, ça tient en suspension dans l’air sans attache. Ses objets n’ont pas la prétention de lever le voile de l’ignorance pour nous guider vers la vérité. Ils sont investis de pouvoirs magiques et décidés de se jouer de la gravité du monde pour l’enchanter. Dans le projet de la maison-œuvre, l‘esthétique et la technique du photomontage sont appliquées à l’architecture : la maison devient un terrain de jeu et s’augmente de pièces de bois de charpente comme un Lego géant. Ponts, tours, escaliers inutiles ou toboggans intensifient l’existant. Pas de plan ni de planification, ce sont les matériaux disponibles, récupérés ici et là, qui contraignent la création. La maison-augmentée se construit par dérive et éloignement successifs du commun, sans abuser du sens visuel mais en se jouant de la raison. Au profit une réalité nouvelle du monde.

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